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La grande guerre à l'écran

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La grande guerre à l'écran Empty La grande guerre à l'écran

Message par BRIOCHIN le Mar 12 Nov - 15:52

Bonjour,



1 -La guerre filmée

La 1ère Guerre Mondiale, commencée comme un conflit du XIX°siècle, prit rapidement l'allure d'une "guerre moderne", mobilisant toutes les ressources des industries, des sciences et des techniques. C'est dans ce cadre-là qu'il faut aussi penser le développement du cinématographe qui lui fut lié : perfectionnement des développements photographiques, utilisation de caméras d'observation, montées sur avions ou couplées aux mitrailleuses automatiques de certaines fortifications allemandes, pour analyser le résultat des tirs, etc.

Mais c'est dans le domaine de la propagande, indispensable pour soutenir le moral des troupes comme pour mobiliser les masses de l'arrière, que les "progrès" furent les plus étonnants. Alors que l'Armée Allemande possédait, dès 1914, un service de caméramen, les généraux français tinrent d'abord le cinéma pour un gêneur sans grand intérêt : on connaît la phrase cinglante de Pétain à un opérateur "Nous nous battons, Monsieur, nous ne nous amusons pas!". Les premières opérations de l'été et de l'automne :_4 n'ont jamais été enregistrées. Il faut attendre février 1915 pour que soit créée, sous l'égide du Ministère des Armées, le S . C . P . A . (Service photographique et cinématographique des Armées, ancêtre de l'actuel SIRPA), avec seulement quatre opérateurs, pour Gaumont, Pathé, Eclipse et Eclair. Pendant plus d'un an, le haut-commandement n'autorisa que le tournage à l'arrière, et ce n'est qu'à partir de 1916 que les caméras purent rejoindre les premières lignes. Bien entendu, de multiples mesures de censure restreignaient le "champ" d'action des opérateurs : interdiction de prendre ou de diffuser des images de certaines armes, de certains secteurs sensibles, de certaines blessures, et bien entendu, de cadavres français.

A la fin du conflit, plus de 250 000 mètres de pellicules avaient été impressionnés, dont près du tiers jalousement gardé par la censure militaire: c'est ainsi que sera préservé le moral du soldat et que seront épargnées aux âmes sensibles les vues des charniers, des visages ravagés des gazés, du soldat devenu fou errant entre les barbelés.

Utilisant ce formidable matériau, des films de montage s'efforcèrent de rendre compte de l'histoire de la guerre en images. Dès 1926, Léon Poirier montait "Verdun, vision  d'Histoire", actuellement en cours de restauration. Par la suite, les documentaires à base d'images d'archives se multiplièrent, avec une honnêteté intellectuelle et un bonheur très inégal. On se contentera de rappeler ici qu'il ne suffit pas d'utiliser de "vraies images" d'archives pour dire "la vérité" et que tout montage est un discours, un point de vue exprimé tant par le montage des images que par la bande-son qui les accompagne, qu'il convient d'analyser avec soin.

Quelques films de montage à base d'images d'archives, disponibles dans les collections vidéo :
« Notre siècle: 1914-19 »: derrière le front" ( Hachette, avec le fond d'archives Gaumont)
-"Les grands jours du Siècle" ( à utiliser avec précaution, en raison de nombreuses erreurs ou. .. manipulations . )
"14-18" de C.Saint-Laurent Jean Aurenche ( un point de vue déclaré, d'un agréable persiflage anti-militariste.)
-"Les moissons de fer" 1991: un travail intelligent et sensible.

2-Les films de fiction réalisés durant le conflit

Les Etats-majors ne tardèrent pas à s'apercevoir que l'ennui était le pire ennemi du moral des régiments au repos en seconde ligne. Les valeureuses compagnies du Théâtre aux Armées ne suffisaient pas à la tâche. Aussi furent rapidement organisées des séances de cinématographe, qui furent bientôt très populaires. Mais les actualités de guerre, pour des raisons évidentes, "barbaient les poilus", ou les agaçaient prodigieusement, lorsque l'écart entre la réalité et sa représentation édulcorée se faisait trop grand. Priorité fut donc donné à la pure fiction, où le mélo ou le burlesque se taillaient la part du lion.
C'est peut-être de ce temps là qu'il faut dater la première emprise du cinéma américain sur les spectateurs français si la production cinématographique française, avec des géants comme Pathé, était en 1914, la première au monde, elle s'est effondrée en 1914 (mobilisation des
techniciens, réquisitions des matières chimiques et des films, transformations d'usines pour l'effort de guerre, etc.). Du même coup, même si on ne prive pas de repasser jusqu'à plus soif les Max Linder ou les feuilletons d'avant-guerre, la demande est très forte pour des films nouveaux : l'heure d' Hollywood a sonné en France avant 1917, et la silhouette de Charlot devient familière à tous. Des historiens du cinéma insistent aussi sur le fait que le brassage social de la tranchée se poursuit sur les bancs du cinéma aux Armées; ce fut peut-être l'occasion, pour beaucoup d'intellectuels de découvrir la force d'expression d'un art qu'ils considéraient jusque là avec distance.
Films français des années de guerre.

Beaucoup d'oeuvres de cette période ont totalement disparu. Mais la thèse de Joseph Daniel Guerre et Cinéma a su en restituer les constantes : il s'agit essentiellement d'illustrations plates des principaux thèmes de propagande du moment: l'Union Sacrée, l'enthousiasme patriotique de toutes les classes sociales confondues, la gloire du sacrifice individuel ou familial.
L'héroïsme militaire est vécu comme "sublimation rédemptrice" des passions humaines. Les stéréotypes humains, issus en droite ligne des lectures d'écoliers, s'étalent dans les films : l'infirmière-fille de bonne famille dévouée, l'instituteur patriote, la mère souffrante...Le brave Poilu, affligé de tous les lieux communs populistes - râleur mais courageux, débrouillard et gai luron- et toujours d'un moral à toute épreuve, affronte victorieusement d'affreux Boches, barbares et grossiers. "Avec le recul du temps, l'excès de sottise déconcerte" (Marcel Oms)

Films américains.
Longtemps, les studios de Hollywood, reflet en cela de l'opinion publique américaine, restèrent neutralistes. En 1916 encore, Thomas Ince s'était livré dans le grand film Civilisation, à une dénonciation en règle des malheurs de la guerre. Mais l'entrée en guerre des Etats Unis devait provoquer un retournement général : de grands artistes firent campagne pour soutenir la mobilisation, Douglas Fairbanks, Chaplin, et bien d'autres. Et une vague de films au propos sans équivoque - La fin des Hohenzollern ou La bête de Berlin- furent réalisés. Les scénaristes s'en donnent alors à coeur joie, pour représenter des soudards teutons, souvent entre deux bières, menaçant de leurs appétits libidineux la vertu de courageuses citoyennes américaines, auxquelles Mary Pickford - prête son visage d'ange (The Little American , 1917 ).Cette vague de films patriotiques fut la chance d'un Eric von Stroheim, qui devint incontournable dans les rôles d'abominables officiers prussiens au sadisme sophistiqué, obtenant ainsi le qualificatif de " l'homme que vous aimerez haïr" .
Des séries beaucoup plus humoristiques firent leur apparition. On notera avec intérêt que le célibrissime Charlot soldat (Shoulder Arms) , entre deux gags, montre avec un certain réalisme les conditions de vie des combattants.

3-Films de l'entre-deux-guerres

L'immédiat après-guerre est peu fertile en films de guerre : lassitude des propagandes guerrières, besoin de tourner la page dans le plaisir des années folles, envie aussi des artistes et des réalisateurs de revenir à d'autres genres...
Exception notable, dès 1918-19, Abel Gance réalisait un film au titre dérangeant, "J'accuse!". Dans une ultime séquence, très puissante, le soldat-poète Jean raconte sa vision des morts se relevant du champ de bataille et marchant vers l'arrière pour demander des comptes aux vivants : sont alors mis en accusation les profiteurs de guerre, les planqués jouisseurs et bien entendu, les épouses volages ! Reflet tardif, mais d'une grande violence, du fossé qui avait pu se creuser entre le Front et l'Arrière.
Aux Etats Unis, un certain nombre de films de guerre sont encore réalisés : mas ils prennent surtout le conflit comme cadre à des aventures romanesques, mettant par exemple en valeur les spectaculaires combat aériens, comme dans Les ailes (Wings) de William Wellman (1927) ou inventant des mélodrames flamboyants, tels les Quatre cavaliers de l'Apocalypse de Rex Ingram (1921).
La grande Parade de King Vidor (1925), film le plus abouti, mêle reconstitution documentaire et élan romantique.

On oublie souvent la très intéressante production du cinéma de la jeune URSS : La chute de Saint-Petersbourg de Vsevolod Poudovkine(URSS,1926) , et Arsenal de Dovjenko (1929) sont de belles réussites esthétiques. La dénonciation de la guerre n'y est pas liée à un pacifisme humanisme, mais à une attaque en règle du capitalisme fauteur de guerre. Une superbe séquence de Poudovkine montre en montage alterné, la violence d'un assaut dans les tranchées et une ruée de boursicoteurs à la corbeille de Petrograd.
Le son du canon.

Le début des années Trente voit naître une véritable vague de films prenant pour cadre et pour sujet la Grande Guerre. Il est avéré que le développement des techniques du cinéma sonore et parlant a largement contribué à cette relance : on pouvait ainsi entendre le fracas des bombes, le staccato des mitrailleuses, les cris et les appels des hommes... le pandémonium de la bataille apportait à la fois plus de réalisme et plus d'intensité dramatique à l'action. Sur le plan mondial, tous les films sont teintés de volonté pacifiste, en présentant, sans concession, les souffrances de petits groupes d'individus, plongés dans la tourmente meurtrière. Dans ces films 'humanistes", la représentation de l'adversaire n'est plus chargée de haine, mais au contraire de compréhension, pour les épreuves traversées en commun.
Sont très représentatifs de ce courant, le Quatre    de l'infanterie de Georg Wilhelm Pabst  (Allemagne, 1930), le A l'Ouest rien de nouveau _de Lewis Milestone (All Quiet on the Western Front, USA, 1930), d'après le roman d'Erich Maria Remarque, le No man's land de Victor Trivas 1931.
En France, le meilleur exemple de ce courant est sans conteste Les croix de bois réalisé en 1931 par Raymond Bernard, d'après le roman de Roland Dorgelès . A travers les tribulations d'une escouade d'infanterie dans les grandes offensives de Champagne , Raymond Bernard donne à la fois une représentation vraisemblable de la violence des combats, des souffrances des hommes et de leur endurance. Le film paraît refléter assez exactement, non pas les mentalités de 1915, mais un certain état d'esprit des anciens combattants du début des années Trente : un mélange complexe , de souvenirs des épreuves traversées, mais aussi des moments de "rigolade", de fraternité des hommes, toutes origines confondues. Avec une remarquable absence de haine pour l'adversaire. Avec aussi des allusions nettes à la distance entre la troupe et les Etats-Majors, et à la fracture douloureuse d'avec l'Arrière et notamment avec les femmes aimées... Aucune gloriole patriotarde, mais une certaine fierté, d'avoir tenu, avec les camarades.
A un soldat qui lui demande s'il sait si la bataille s'est terminée par une victoire, un troupier répond : "C'est une victoire, parce que je suisvivant..."

La Grande Illusion de Jean Renoir (1937), chef d'oeuvre cinématographique, ( sur lequel existe un dossier Ecole et Cinéma), est incontestablement à inscrire dans ce courant humaniste et pacifiste. Mais il vient alors bien tard, dans un monde confronté à de nouveaux bruits de bottes...

La montée des périls

L'arrivée des nazis au pouvoir a en effet transformé rapidement le climat international, En Allemagne, les films à tendance pacifiste disparaissent, des écrans, pour laisser place à des oeuvres d'exaltation guerrière. Ainsi à la suite d'Aurore de Gustav Ucicky (1933), film à la gloire des sous-mariniers, Troupes de choc 1917 de Hans Zoberlein (1934) fait un éloge direct de la valeur militaire et justifie la guerre par un plaidoyer nationaliste
En France, certains s'en rendent compte et évoquent à nouveau les anciens conflits franco-allemands. D'une manière symptomatique, il s'agit bien de réveiller la méfiance envers un ennemi héréditaire, et non pas de dénoncer un régime totalitaire: on sait combien cette confusion pèsera lourd sur les mentalités françaises . C'est ainsi que Raymond Bernard reprend en 1937, pour le film d'espionnage Marthe Richard au service de la France le cadre de la Grande Guerre : dans la première séquence du film, il ressuscite les stéréotypes anti-allemands : un officier allemand, joué par Eric von Stroheim, avec monocle et fume-cigare, plein de morgue prussienne, fait  fusiller comme francs-tireurs les vieux parents de Marthe. Le même cinéaste réalise encore en 1939 Les otages au titre explicite.
Julien Duvivier avec Untel Père et Fils met en scène une famille française, qui se bat contre les Prussiens, tout au long des guerres depuis 1870...
Aux Etats Unis, en 1941, Sergent York de Howard Hawks, évoque l'itinéraire d'un "boy" pacifiste, qui devient une figure héroïque exemplaire C'est un appel tout à fait clair à la remobilisation et à l'engagement dans le conflit
.
4- Films depuis 1945

Dans l'évocation cinématographique de la "Der des Der", la deuxième guerre mondiale marque à l'évidence une rupture : les horreurs de la guerre totale, les bombardements aériens aveugles et massifs, l'extermination de masse, la Bombe atomique, ont profondément traumatisé les témoins et bouleversé les consciences. Les tourments de 14-18 semblent bien loin, et finalement moins gigantesques, et les différentes cinématographies préfèrent s'attacher à rendre compte du dernier conflit en date.
Mais la fin des années cinquante et les années soixante voient réapparaître un certain nombre de scénarios prenant pour cadre 14-18 : cela donne en général des films violemment antimilitaristes, qui dénoncent la bêtise sanguinaire des généraux bouchers, le broyage des consciences, le naufrage de la condition humaine prise dans l'impitoyable engrenage de la "grande Histoire". Du même coup ces scénarios remettent en lumière des aspects longtemps occultés du conflit, les désertions, les affrontements entre les soldats et la hiérarchie, les mutineries de 1917, les difficiles rapports entre le front et l'arrière.
En 1958, Les sentiers de la gloire de Stanley Kubrick (pour lequel il existe un dossier Cinéma-Ecole), marquent la réouverture de ce questionnement cinématographique de la "Grande Guerre" : ce pamphlet antimilitariste dénonce la stupidité et l'inhumanité de l'Etat-major Français qui envoie les troupes à la mort dans des offensives inutiles et suicidaires, qui n'hésite pas en cas de recul, à faire tirer l'artillerie sur ses propres lignes... Et qui fait porter le poids de l'échec aux soldats, allant jusqu'à en faire fusiller "pour l'exemple". L'oeuvre fut à sa sortie, "non-distribuée" en France : en se doute qu'il n'était pas question, en pleine guerre d'Algérie, de mettre en cause la dignité et l'honneur de l'armée française.
En 1959, La Grande Guerre de Mario Monicelli est une réussite de la comédie italienne ( Remarquons au passage que le réalisateur italien a été l'un des rares cinéastes, avec Chaplin , à oser parler du carnage avec humour ) : le film met en scène deux sympathiques tire-au-flanc, qui cherchent la bonne planque dans le tumulte des batailles contre les Autrichiens. Ils deviendront des héros bien malgré eux...
L'année 64 voit la sortie de deux films, entre lesquels Pour l'exemple de Joseph Losey et Thomas l'imposteur de Georges Franju, qui posent avec force le problème de l'individu confronté à l'impitoyable machine de la Grande Histoire
Les hommes contre de Francesco Rosi (1970), dans le contexte du "Mai rampant" italien est une analyse plus politique des mutineries et des désertions . Johnny got his gun de Dalton Trumbo en prenant à bras le corps un si jet sans concession - un jeune soldat mutilé, réduit à la condition d'un homme-tronc muré dans le noir et le silence - voulait secouer les consciences, alors même que les vétérans du Vietnam attachaient leurs chaises roulantes aux grilles de la Maison Blanche.

En fait, on voit combien ses films de ce que nous serions tentés d'appeler la deuxième génération" posent un problème intéressant à l'historien : ils sont réalisés par des cinéastes qui étaient très jeunes en 1914, (Losey, 1909, Franju, 1912), ou qui sont nés après 1918, ( Kubrick 1928, Rosi 1922) ,qui n'ont pas de souvenirs directs du conflit, mais qui y investissent d'autant mieux leurs préoccupations du moment.
La première guerre mondiale, plus que la deuxième, où les enjeux idéologiques ont été au moins aussi importants que les affrontements nationaux, devient ainsi l'archétype, la représentation symbolique, de toutes les imbéciles aventures guerrières que les cinéastes sensibles à l'esprit du temps entendent dénoncer. La "guerre de tranchées" où l'art de la guerre semble réduit à rien , où l'on souffre interminablement dans la boue, et où l'on meurt pour conquérir et reperdre quelques mètres de terre, devient la meilleure représentation de l'absurdité toute guerre. Au détriment. dans une certaine mesure, d'une véritable analyse historique. Marc Ferro remarque à juste titre , à propos du film "Les sentiers  de la qloire" : "Tout ce qui figure dans Les Sentiers s'est bien produit. Mais ne s'est pas produit en même temps. Chaque élément est authentique, l'ensemble est dénué de toute réalité."
Avec la marche de l'Histoire, les cinéastes américains trouvent avec les conflits du Sud-Est asiatique d'autres images, et plus spectaculaires ( il n'y avait pas d'hélicoptères en 1914!) pour alimenter leur réflexion sur l'homme dans la guerre. Les cinéastes européens semblent se désintéresser de la période.
En France cependant, deux films réussis abordent un aspect encore trop laissé dans l'ombre, le rôle des troupes coloniales.  Fort Saganne" d’Alain Corneau (1982) ,en une brève mais forte séquence, montre les Sahariens du lieutenant Saganne, pris sous un terrible déluge d'obus, quelque part dans la boue de France, refuser de suivre dans une contre-attaque suicidaire, le chef qu'ils ont pourtant accompagné fidèlement dans les escarmouches des confins algériens.
La victoire en chantant de Jean Jacques Annaud, avec une ironie mordante, s'en prend aux affrontements impérialistes, qui font de l'Afrique aussi un champ de bataille : les méthodes de recrutement des tirailleurs indigènes, le racisme des petits blancs promus officiers, l'insouciance de la vie humaine, la bêtise des "stratégies"militaires, sont dénoncés avec une allégresse vacharde par un Jean-Jacques Annaud iconoclaste. Mais cette satire repose sur des faits malheureusement bien réels.
Le beau film La vie et rien d'autre est à ce jour la dernière oeuvre sur ce conflit. Pour un cinéaste humaniste et passionné d'Histoire ,comme l'est Bertrand Tavernier, le choix du titre vaut peut-être conclusion définitive...
Dominique Chansel

5. Et aujourd’hui ?

Depuis que Dominique Chansel a rédigé le texte ci-dessus pour les RCA à propos du film de Bertrand Tavernier, l’intérêt des cinéastes pour la première guerre mondiale ne s’est pas démenti et le rythme s’est même accéléré récemment (trois films sont sortis ces deux dernières années : Un long dimanche de fiançailles, Les âmes grises, Joyeux Noël). Et on ne compte pas dans cette production les nombreux téléfilms réalisés sur le sujet et qui sont parfois des vraies réussites  (Le Pantalon d’Yves Boisset diffusé en 1996 ou plus récemment Les tranchées de l’espoir de Jean-Louis Lorenzi en 2003). On peut relever que la grande guerre a aussi inspiré nombre d’écrivains ces dernières années (et plusieurs romans ont d’ailleurs été portés à l’écran) : parmi les ouvrages les plus remarqués, on peut citer La chambre des officiers de Marc Dugain (1990), Adieu la vie, adieu la mort de Jean Vautrin (2002), Les âmes grises de Philippe Claudel et Dans la guerre d’Alice Ferney (2003). De même, on sait la passion qui anime Tardi, auteur de plusieurs bandes dessinées très réussies sur le conflit (C’était la guerre des tranchées paru en 1993). On sait aussi le renouveau historiographique qui s’est manifesté à propos de la première guerre mondiale. Depuis plusieurs années, l’équipe des historiens du mémorial de Péronne (Stéphane Audoin-Rouzeau, Annette Becker, Laurent Veray..) a multiplié les publications mais d’autres chercheurs ont adopté des visions différentes (Rémy Cazals, Fréderic Rousseau, Nicolas Offenstadt). On sait d’ailleurs que certains sujets restent sensibles : lorsque Lionel Jospin alors premier ministre, rend hommage aux « fusillés pour l’exemple » au Chemin des Dames en novembre 1998, les réactions de certains hommes politiques de droite sont violentes. Bref, le septième art à sa manière témoigne bien de ce regain d’intérêt pour la grande guerre, à un moment où les derniers survivants ne sont plus qu’une poignée (6 seulement en France à l’automne 2005).
De cet ensemble de films, on peut souligner une tendance dominante. Il semble bien que les metteurs en scène aient été inspirés par les problèmes « aux marges du conflit », et qu’ils ont exploré des aspects qui n’avaient pas encore été évoqués par le cinéma précédemment. Tavernier lui-même revient sur le sujet de la guerre de 14-18 en réalisant en 1996 Capitaine Conan, d’après le livre de Roger Vercel. Outre que ce film traite d’un théâtre d’opérations méconnu du conflit (le front des Balkans), il évoque avec beaucoup de force le problème des transformations psychologiques subies par les hommes qui combattent en première ligne.  Le personnage incarné à l’écran par Philippe Torreton est l’image même de ces petits bourgeois qui ont trouvé un sens à leur vie dans le combat et qui sont complètement désemparés lorsque la paix survient. Ces classes moyennes déconfites seront une proie rêvée pour les idéologies d’extrême droite de l’entre deux guerres (l’une des dernières séquences présente un Conan revenu à la vie civile aigri, abruti par l’alcool…). D’une certaine manière, le cinéaste retrouve ainsi un des thèmes développés par l’historien George Mosse, à savoir la brutalisation des sociétés européennes au XX° siècle. Plus rapidement, on peut aussi relever d’autres films qui traitent ce conflit avec une vision renouvelée : La chambres des officiers aborde le douloureux problème des « gueules cassées », Les âmes grises évoque l’ambiance malsaine qui règne à l’arrière du front dans une petite ville de Lorraine, Un long dimanche s’intéresse aux mutilations que s’infligent les soldats pour échapper aux attaques meurtrières, Joyeux Noël enfin qui décrit une fraternisation en décembre 1914, entre troupes britanniques, allemandes et françaises…D’une certaine façon, le cinéma se fait ainsi l’écho du débat historiographique qui agite les historiens : ils s’intéressent à ce qui a fait tenir les hommes pendant quatre ans, sujet qui divise encore les chercheurs…En ce sens, le cinéma peut constituer aussi un stimulant pour la réflexion historique.

BRIOCHIN

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