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La justice militaire et la première guerre mondiale

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La justice militaire et la première guerre mondiale Empty La justice militaire et la première guerre mondiale

Message par BRIOCHIN le Mar 12 Nov - 16:03

Bonjour,



Entre répression et réhabilitation

L’ATTITUDE DU HAUT COMMANDEMENT

La Grande Guerre se révéla d’une brutalité incroyable et inédite. La violence des combats contribua à déshumaniser les soldats, leur infligeant des souffrances physiques terrifiantes symbolisées par «  les gueules cassées »( voir ci-dessous);  mais aussi les souffrances psychiques d’une expérience presque incommunicable  Près d’un soldat sur 7 fit l’objet d’un suivi psychiatrique pendant le conflit et il fallut former des médecins militaires spécialisés, un certain nombre- tel Manech,- sombrant dans la folie.
Si la guerre est une mutilation de soi-même, un certain nombre de soldats en 14/18 fit le choix de se mutiler physiquement pour tenter d’échapper à la mort. Le code militaire de la IIIè République ne  prévoyait pas le conseil de guerre pour les auteurs de «blessures provoquées » ils relevaient des tribunaux de droit commun et étaient envoyés dans des régiments disciplinaires. Dès l’été 14, Le général Foch requalifie ces actes  «d’abandon de poste en présence de l’ennemi » ou de «  refus d’obéissance » : la mort sanctionne chacun de ces deux cas, les prévenus devant être traduits devant des conseils de guerre spéciaux Ceux dont la peine de mort- par la grâce présidentielle- est commuée en travaux forcés sont renvoyés au front. La plupart des exécutions eurent lieu en 1914-1915, tout au début de la guerre. Les raisons invoquées sont «  mutilations volontaires, abandons de poste répétés, désertion, voies de fait envers un supérieur, voire espionnage et assassinats ». Une deuxième «  vague » sanctionnera les mutineries du printemps 17, mais celles-ci ne représentent que 10% des exécutions totales pendant la Grande Guerre.

LES MUTILATIONS VOLONTAIRES

Pourquoi ces automutilations furent les plus nombreuses au début de la guerre ? Arrachés à la vie civile pour une guerre «promenade de santé jusqu’à Berlin », les hommes se retrouvent plongés dans une horreur sans nom, hachés par les tirs des mitrailleuses allemandes, transpercés par les billes métalliques des obus shrapnells, le corps réduit en bouillie par les obus. dès 1915 l’utilisation d’armes terrifiantes- gaz, lance-flamme firent  encore reculer les «  frontières de l’horreur ».
En 1914, des mesures radicales furent prises pour enrayer cette « épidémie », « la contagion » Les médecins militaires furent chargés d’examiner les blessures et de déterminer si elles étaient volontaires ou non : étaient suspectées en premier chef celles affectant la main gauche ou les pieds.
Certains médecins se prêtèrent complaisamment à cette besogne policière :  «  on recherchera dans les vêtements, particulièrement dans les pans de la capote, s’il n’existe pas de trou entouré d’une zone roussie » conseille le médecin – major Ménard à ses jeunes collaborateurs
A partir de 1916, les soldats eurent plutôt recours aux maladies simulées : oedèmes des membres provoqués par une bande de toile trop serrée, dermites et conjonctivites provoquées par des produits irritants, abcès dus à des injection de pétrole ou de térébenthine, d’acide picrique qui permettait de simuler une jaunisse. Il y a eu aussi des trafics de pansements de blessés atteints de gangrène. Certains simulaient des surdité, d’autres des incontinences. Pour le Général Bach*, le romancier aurait donc fait un anachronisme en situant l’action du roman début 1917. Il s’inspire de faits rapportés par le Maréchal Fayolle , dans ses « Cahiers secrets de la Grande Guerre », qui se seraient déroulés le 22 janvier 1915, sur ordre du général Pétain. sur le front, dans le Pas de Calais, celui-ci aurait donné l’ordre de «  lier et de jeter un soir devant la tranchée ennemie, 25 soldats mutilés volontaires »  Cependant, pour l’historien ces hommes furent vraisemblablement récupérés le lendemain et renvoyés en premières lignes; de plus, d’après lui, en 1917, les soldats n’auraient pas accepté d’abandonner leurs camarades dans le no- man’s land, cette zone dévastée, territoire de personne, terre désertée par les hommes.
Les juges militaires se fondaient essentiellement sur ces rapport d’expertise souvent hâtifs et douteux, pour rendre leur sentence, il n’était pas procédé à un contre – examen ; aussi  beaucoup d’erreurs judiciaires trouvèrent - là leur origine. On évalue à quelques centaines ces cas de blessures volontaires. La condamnation prononcée est celle d’un «  abandon de poste devant l’ennemi » : le plus souvent c’était la peine capitale mais , comme dans le film, il y eut aussi des abandons dans le no- man’s land.

LA JUSTICE MILITAIRE

Le Code de justice militaire en 1914 est celui fixé par la loi de 1857-révisée en 1875- ; il est valable aussi bien en temps de paix que de guerre et ce droit pénal est fortement dérogatoire au droit commun.
Il institue des «  Conseils de guerre » composés de juges militaires de carrière, compétents pour toutes les infractions commises par les militaires, même de droit commun.  
Une échelle de peine sanctionne les délits, du vol simple à la trahison ou à la désertion, avec ou sans dégradation militaire : prison, travaux forcés ( bagnes) et condamnation  à mort
L’été 14, le Gouvernement, réfugié à Bordeaux, se décharge du pouvoir judiciaire sur l’Armée. , Millerand, ministre de la guerre, autorise Joffre à prendre toutes les mesures nécessaires et «  le couvre entièrement ».
De fait Joffre dispose d’un pouvoir quasi dictatorial dans toute la zone de combat.
Cette circulaire ministérielle suspend dès le 10 Août 1914 certaines garanties pour les prévenus. Le 1er septembre, un décret permet de ne plus transmettre la demande de grâce des condamnés à mort. A la demande de Joffre le décret du 6 septembre 1914 institue des «  conseils de guerre spéciaux » dont les sentences sont sans appel et exécutées immédiatement, L’état - major cherchant  à faire des exemples  ne trouvant pas les troupes assez combatives ! C’est devant eux que comparaissaient, entre- autre, les automutilés.
Ce n’est que le 24 avril 1916, sous l’influence de Parlementaires que le pouvoir politique reprend en main la Justice. Les garanties pour les prévenus sont rétablies telles que  circonstances atténuantes, sursis, pourvoi en révision ou demande d’une grâce présidentielle.
Mais en 1917, les juridictions militaires obtinrent  encore des délégations de pouvoir importantes de la part des pouvoirs publics

LE DROIT DE GRACE
Les lois constitutionnelles de 1875 accordent au Président de la République le droit régalien de grâce ( article 3). Le Président Poincaré en fera largement usage pendant la guerre, mais ce droit fut  suspendu par les militaires, de septembre 1914 à avril 1916 et en juin- juillet 1917.  En dehors de ces périodes, certains officiers supérieurs - comme dans le film- s’arrogèrent aussi le droit de passer outre.

FUSILLES POUR L’EXEMPLE ?

« Il importe que la procédure soit expéditive, pour qu’une répression immédiate donne, par des exemples salutaires, l’efficacité attendue d’une juridiction d’exception ».
Général de Villaret ( extrait d’une note datée du 20 octobre 1914)

Après la bataille de la Marne les troupes sont épuisées, les pertes énormes- bien au delà des prévisions- , les régiments sont reconstitués tant bien que mal, avec des réservistes. Des soldats mal préparés et insuffisamment encadrés, se lancent à l’attaque, décimés par l’artillerie ennemie.
Certains hésitent, refusent de se battre, d’autres se mutilent. Pour le commandement qui craint une contagion de l’indiscipline la seule réponse est la répression  de la moindre défaillance ou suspicion de défaillance : ce seront les « fusillés pour l’exemple ». C’est pourquoi l’exécution est publique : le nom du condamné et le motif de la condamnation sont lues devant la troupe qui assiste à l’exécution puis défile devant le cadavre. Cependant ses  camarades assuraient à la victime une sépulture décente, voire un hommage posthume en signe de désapprobation envers cette justice militaire expéditive, ce type d’exactions ne se limitant pas aux situations d’urgence.

Si toutes les exécutions n’ont pas pour unique fonction d’ impressionner la troupe et de renforcer la discipline ; l’exemplarité guide sans aucun doute la stratégie disciplinaire : « En temps de guerre, dans l’application de la peine, il faut envisager le point de vue de l’exemplarité comme infiniment supérieure au point de vue du châtiment. Il s’agit moins de punir un coupable que d’empêcher par la sévérité de la répression la contagion du mal. »( selon un commissaire rapporteur en 1914). D’où l’arbitraire de bien des condamnations , d’autant que les contre poids civils se sont  mis à l’écart dès la déclaration de guerre.

Il y eut aussi, c’est attesté par des témoignages, des exécutions sans jugement, par des officiers ou des pelotons d’exécution ;  En France ces exécutions  sommaires culminent lors de la retraite l’été 14 et de la stabilisation du front.
Ainsi le 7 septembre 1914, le général Boutegourd fait fusiller, sans même les interroger, 7 soldats du 327è Régiment qui se repliaient pendant la Bataille de la Marne.

LES MUTINERIES DE 17
L’offensive du Chemin des Dames qui débute le 16 avril 1917 est un échec qui provoque de très lourdes pertes. L’armée française connaît alors des actes de désobéissance plus ou moins graves qui affectent 150 unités. Ce fut surtout des refus de monter en en ligne, la troupe manifestant ainsi son désespoir et son épuisement , ce fut plus rarement des actions politiques suscitées par des meneurs révolutionnaires comme la version officielle le laissa longtemps entendre. Une justice rapide est exigée par l’Etat major qui réclame des mesures d’urgence.  Le 1er juin, le Général Pétain prescrit une comparution immédiate sans instruction préalable. « Je maintiendrai la répression avec fermeté mais sans oublier qu’elle s’applique à des soldats qui sont avec nous depuis trois ans dans les tranchées et qui sont ‘nos soldats’ » Général Pétain- note relative à la discipline du 18 juin 1917- Durant un mois, le gouvernement autorise la non transmission au Président de la République des demandes de recours en grâce des condamnés à mort et c’est Pétain qui décide seul s’il y a lieu ou non de l’accorder.
Cependant en 1917, la répression a été atténuée par le rétablissement depuis 1916, des garanties aux prévenus , de plus les conseils de guerre spéciaux, supprimés à cette date ne furent pas rétablis et des députés réclament plus de clémence pour ces soldats épuisés physiquement et psychiquement .
Le chiffre exact des condamnations à mort et des exécutions ne sera jamais connu, à cause des lacunes des archives militaires, mais aussi des exécutions sans jugement (donc non archivées). Les recherches du Général Bach*dans les archives militaires lui ont permis d’estimer fiable, dans l’état actuel des connaissances, les chiffres de 2500 condamnations à mort et de 600 exécutions, chiffres à mettre en regard des 1 450 000 morts et des 8 millions de mobilisés.  

DES EXECUTIONS SANS IMAGE

Il n’existe que très peu d’images contemporaines de ces exécutions de 14/18.
Comme l’aquarelle du peintre Mathurin Méheut  intitulée « Exécution capitale, nord d’Arras, ( 5 juillet 1915 )» :Il écrivit à sa femme Marguerite, le 6 juillet 1915 :
« Chose terrible, atroce, l’exécution d’un poilu qui s’était débiné au moment d’une attaque. Quel affreux moment. J’en étais retourné toute la journée et je t’assure, je n’ai pas pu t’écrire après cela. »

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La Une du Petit Journal, le 20 décembre 1914 est une composition en couleurs intitulée
«  Exécution d’un espion »
« Le Miroir » en 1916 publie deux photos édifiantes  ainsi légendées:  «Un prêtre soldat vient serrer la main du misérable qui va mourir »
Il existe quelques photos prises clandestinement telles celles d’un artilleur du 53è Régiment d’Artillerie dont les trois clichés saisissent les trois moments de l’exécution d’un soldat du 364è RI à Conchy les Pots ( Oise)
L’exécution capitale suit le rituel fixé par l’article 52 du décret d’ octobre 1909 :
« la mise au poteau/ l’exécution/ le défilé »

LES REHABILITATIONS
   
Outre leur chagrin les famille des fusillés subissent directement les conséquences de cette condamnation. «  Elles héritent en quelque sorte de la condamnation » N. Offenstadt*.  Elles sont mises au banc de la communauté villageoise ou du quartier mais aussi de la communauté nationale en ne percevant pas les compensations symboliques et pécuniaires  (mention ‘Mort pour la France’, pensions, statut de pupille de la nation pour les enfants…); de plus le nom du défunt ne figure pas sur le monument aux morts de la commune. Commence alors un nouveau combat, celui des demandes de réhabilitation  de la mémoire des victimes des conseils de guerre. Beaucoup de familles  entreprirent des démarches  difficiles. Elles furent soutenues par les Anciens Combattants (Union Nationale des Combattants) qui contestaient le bien fondé de nombreuses condamnations de camarades de combat, par la Ligue des Droits de l’Homme et les partis de gauche.
Ainsi les «  Six de Vingré » fusillés le 4 décembre 1914 pour «  s être repliés devant l’ennemi », alors qu’ils avaient  obéi à un ordre de leur sous officier ; 24 soldats passèrent en conseil de guerre et les 6 condamnés furent exécutés : «  les officiers ont tous les torts et c’est nous qui sommes condamnés pour eux. Ca ne s’est jamais vu une affaire comme ça. » (lettre d’adieu du soldat Quineau à sa femme). Leur réhabilitation est prononcée le 29 janvier 1921, par la Cour de Cassation.De nombreuses suivront dans les années 20/30. pour ceux considérés comme des victimes d’erreur judiciaire.
 Mais c’est le rôle et la fonction de la justice militaire qui est ainsi remise en cause. Elle fut réformée pour assurer aux accusés des garanties accrues.



LA MEMOIRE DES FUSILLES

« L’image des fusillés  est périodiquement réactivée  par des enjeux extérieurs, ceux de la création littéraire ou cinématographique, ceux du jeu politique. » Nicolas Offenstadt*

Les Néo- Zélandais , par exemple, ont eux pleinement réhabilités leurs mutins en 2000, le Canada en 2001.
En France, le discours de Lionel Jospin,à Craonne le 5 novembre 1998 exprimant le souhait «  de réintégrer pleinement les fusillés  dans notre mémoire collective nationale » a soulevé une polémique.Elle a, entre-autre, révélé à Droite,une méconnaissance du contexte des mutineries de 17 opposant les «  bons » soldats aux «  mauvais », alors que tous les mutins étaient de valeureux soldats ayant connu les pires difficultés, mais ayant un jour refusé l’absurdité d’un sacrifice vain.
D’autre part, depuis,aucune procédure concrète n’a été engagée au grand dam des familles.
Ainsi , depuis la Grande Guerre, les fusillés  furent l’objet de mépris, de pitié, de culte ou de repentance.
Ils apparurent tour à tour comme
- des héros-« Pour l’exemple » film de J. Losey,1964,
- des victimes de machination militaire- Les sentiers de la Gloire de S. Kubrick,1957 - - pesant sur le destin des autres – Un long dimanche de fiançailles, roman,1991
-ou  objets de mépris- Partita, roman de R.Grenier, 1991

LA RECHERCHE DES DISPARUS .

Les femmes furent cruellement touchées par la guerre et le  deuil : la France compte
600 000 veuves de guerre et on donna le nom de «  veuves blanches »  aux fiancées – telle Mathilde- endeuillées avant d’être mariées. La condition des épouses est difficile : elles perçoivent toujours l’allocation de mobilisation mais n’ont pas droit aux pensions de veuve et d’orphelin.

A l’Armistice 250 000 corps manquent à l’appel et 100 000 restent impossibles à identifier.  
Chaque soldat, depuis 1881, porte au cou une plaque métallique inoxydable, gravée de se son nom, prénom et année de sa classe de conscription d’un côté et de l’autre de son n° d’immatriculation militaire.
En 1917, un bracelet en deux parties remplace la chaîne, elle permet d’identifier le corps exhumé, la partie détachable étant récupérable par les camarades pour faire établir le procès-verbal de décès., comme le montre une des scènes du film. Un avis de disparition était envoyé à la famille. Celles-ci refusant de croire à la mort de leurs proches, se bercent d’illusions, suivent les rumeurs ; elles l’espèrent prisonnier, écrivent à la Croix rouge qui centralise les listes des prisonniers, on enquête en Allemagne par l’intermédiaire des prêtres.
Mais les derniers prisonniers sont libérés en 1919, mettant fin à un dernier espoir. Les journaux abondent de petites annonces de recherches, on affiche des photos et des adresses dans les cantonnements, on court hôpitaux et asiles psychiatriques. Les voyantes font fortune comme les escrocs et les détectives privés. Comme le montre la quête de Mathilde et de Mme Desrochelles  dans le film,  les démarches sont éprouvantes, il faut demander des laisser- passer pour circuler dans les zones du front, les attentes sans interminables, les conditions de circulation et d’hébergement difficiles. L’épreuve de l’identification est horrible, pleine de crainte et d’espoir – reconnaître l’être cher ou un objet lui ayant appartenu - et la déception encore plus terrible. Des familles se disputent des amnésiques, allant jusqu’à intenter des procès pour faire valoir leur «  droit » sur des êtres restés hors du monde – telle la rocambolesque et triste histoire d’Anthelme Mangin « l’amnésique de Rodez ». Une véritable pathologie du deuil de guerre a miné des milliers de familles et c’est cet impossible deuil qui traverse l’intrigue de «Un long dimanche de fiançailles ».

Le 21 janvier 1921 , le cercueil de celui qui est devenu l’emblématique «  soldat inconnu »
est inhumé dans la crypte creusée sous l ‘Arc de Triomphe :
«  Ce sera l’enfant de tout un peuple en deuil et chaque mère pourra dire, en s’inclinant sur la dalle :’ c’est peut être le mien’… » Roland Dorgelès.

Danièle KLINGLER

LES GUEULES CASSEES
La Grande Guerre laissa 10000 à 15000 combattants totalement défigurés, blessures terribles dues à un armement de plus en plus destructeur ; la présence emblématique de cinq d’entre- eux lors de la signature du Traité de Versailles symbolise l’horreur et la brutalité d’une guerre sans précédent.
Un service de chirurgie esthétique fut créé à l’hôpital du Val -de -Grâce pour réparer autant que ce pouvait les mutilations abominables de la face de ceux qui par dérision se désignèrent comme « les gueules cassée »
Leur réinsertion dans la société s’averra quasiment impossible, une part de leur intégrité et leur identité était restée sur le champ de bataille. La plupart se trouvait dans une profonde détresse, morale et matérielle.Beaucoup furent rejetés par leurs proches ou renoncèrent d’eux-mêmes à leur infliger une vue terrifiante et les soins que nécessitaient leur état.
Les difficultés économiques de l’après-guerre ne favorisèrent pas l‘embauche des mutilés et les «  gueules cassées »  n’eurent que peu accès aux emplois réservés aux anciens combattants invalides de guerre.(1 million dont 60000 amputés)
Il leur fallut batailler pour qu’en 1925 leur soit reconnu un préjudice spécifique et le droit à réparation
La même année une vaste souscription nationale fut lancée, la Loterie nationale créa même un tirage spécial  « Gueules cassées » qui existait encore il y a quelques années. Les sommes recueillies permirent d’établir au château de Moussy le Vieux ( Seine et Marne ) un centre d’accueil et de soin pour ceux qui se résignèrent à rester en marge et à ne plus affronter le regard des autres.

UN PEU DE BONNE HUMEUR DANS CET OCEAN D’HORREUR.
LES VEUVES BLANCHES , roman de Maurice Priollet, 1926

L’auteur, est un feuilletoniste spécialiste du «  martyre féminin », ses triomphes : Mère à quinze ans ; Chassée le soir de ses noces ;  Trompée au seuil de la chambre nuptiale…
Les veuves blanches est un roman extravagant, mélodramatique, plein de rebondissements invraisemblables et rocambolesques, larmoyant et chauvin dont voici le résumé.
L’héroïne des Veuves blanches, Jeannine d'Ablainval, jeune Parisienne de bonne famille, a perdu sort fiancé, le sergent René Darty, porté disparu en Argonne le 20 juillet 1918 au cours d'un assaut. Trois ans après le drame, Jeannine découvre dans les affaires de sa mère, la dernière lettre écrite par René avant l'attaque. Madame d'Ablainval avait cru bon de ne pas la transmettre à sa fille, pour ne pas raviver son chagrin. Dans cette lettre, le sergent demandait à sa fiancée, au cas où il serait tué, de veiller sur sa mère. Jeannine, qui n'a jamais rencontré madame Darty, se rend chez elle à Angers. La vieille dame est convaincue que son fils n'est pas mort. Ses camarades l'ont vu tomber, blessé à la tête par un éclat d'obus. Refoulés par une contre‑attaque allemande, les Français n~ont pu récupérer le corps du sergent Darty.
Gagnée par l'espoir de la mère de René, Jeannine décide de monter une « véritable agence de police privée personnelle » pour enquêter ‑sur le sort du disparu. Elle écrit à tous les anciens camarades de régiment de René. Mais le facteur n'apporte que des réponses décevantes. Encouragée par Marthe, jeune réfugiée du Nord avec laquelle elle s'est liée d'amitié, Jeannine part enquêter sur place, aux Islettes, où se trouvait le cantonnement du 4e RI. Là, on lui suggère d'aller voir le curé de Cheffes, l'abbé Russart, qui n’a pas voulu quitter son village quand les Boches l'occupaient. Lorsqu’il aidait les secouristes allemands, l'abbé a dressé une liste de soldats français, tués, blessés ou prisonniers. Dans la cave de son presbytère en ruine, il dépouille ses fiches avec Jeannine. Curieusement, celle de son fiancé, ne figure pas parmi les fiches du 4' régiment d'infanterie, mais dans celles du 82'. Hélas, les deux traits noirs qui barrent cette fiche indiquent que le sergent est mort. Mais dans son registre, à côté du nom de
René Darty, le curé a noté: « histoire du livret militaire ». Il entraîne Jeannine chez une vieille paysanne, la mère Nathalie, qui aidait à soigner les blessés dans sa ferme transformée en ambulance par les Allemands. Quand Jeannine lui montre le portrait de René, la mère Nathalie le reconnaît. Elle se rappelle aussi qu’on avait déposé sur la paille, à côté de ce sergent français, grièvement blessé à la tête, un petit soldat du 82, RI, avec une balle dans le poumon. Ses jours ne semblaient pas en danger. René Darty, qui ne pensait pas survivre, avait donné sa plaque d'identité et son livret militaire de sergent au petit soldat afin qu'il soit mieux traité en captivité. Mais dans la nuit le soldat du 82e RI avait succombé. L’abbé Russart l'avait porté décédé sous l'identité de René Darty. Pourtant la mère Nathalie lui avait dit: « faites‑moi penser à vous raconter l'histoire du livret militaire... ». Le vrai Darty, lui, avait été évacué en auto sanitaire le lendemain matin.
Le coup de théâtre de cette substitution d'identité conforte l'espoir de Jeannine. Mais où son fiancé a‑t‑il échoué, après son séjour à la ferme des Trois‑Vents ? L’abbé Russart lui explique que les prisonniers blessés, une fois guéris, étaient envoyés au camp de Neustadt, en Bavière. justement, il a là une carte postale expédiée par un évadé du camp de Neustadt, Charles Maynard, habitant Saint‑Nizier. La veuve blanche s'y rend. Le héros de 14-18, redevenu un obscur employé, reconnaît René sur le portrait que lui montre Jeannine. René aussi s'est évadé, explique Maynard, avec un camarade de son régiment nommé Farineau. Jeannine file à Auxerre, au dépôt du 4' régiment d'infanterie, et se fait passer auprès d'un adjudant pour la fille de Farineau, venue réclamer au sujet d'une prétendue demande de certificat de combattant, restée sans réponse. De mauvaise grâce, le juteux compulse le dossier du soldat Farineau et en le déchiffrant à haute voix, donne involontairement à Jeannine les renseignements qu’elle cherchait. Sans perdre un instant, Jeannine saute dans le premier train. A Prégilbert, dans l'Yonne, elle déniche Farineau, cultivateur. Il lui raconte son évasion en compagnie de René. Déguisés en soldats allemands, ils sont sortis par la grande porte du camp, poussant une brouette. Arrivés au Rhin, les deux évadés se sont jetés à l'eau pour gagner la rive suisse. Mais une patrouille allemande a ouvert le feu et touché René. Farineau l'a vu sombrer. D'abord accablée par ce nouveau coup du sort, Jeannine se ressaisit. Accompagnée par son amie Marthe, elle part en Suisse pour la ville frontalière de Rheinfelden. Les deux jeunes filles descendent le Rhin avec un batelier et débarquent à l'endroit où le corps de René a dû s'échouer. Dans un village voisin, un mendiant infirme voyant sur le médaillon que Jeannine porte à son cou la photo de René, s'exclame « der Rheinfisch! », « le poisson du Rhin ». Renseignement pris, c'est le surnom qu’on a donné à un déserteur allemand repêché dans le fleuve à la fin de la guerre. Jeannine interroge la concierge de l'usine où le « Rheinfisch » a travaillé quelques mois. Elle apprend qu’il habite désormais la propriété du directeur de l'usine, Jeannine s'y rend, et tombe au beau milieu d'une fête de fiançailles... Fiançailles entre la fille du riche Herr Fiirstenvogt et le « Rheinfisch », bien sûr. Jeannine s , enfuit, et s'effondre au bord de la route, victime d'une commotion nerveuse. Par un heureux hasard (et un rebondissement maison signé Marcel Priollet), deux riches Américains, amis de Mme d'Ablainval, partis en Suisse à la recherche de Jeannine, passent par là à point nommé. Remise du choc, Jeannine s'introduit à nouveau dans le chalet de la famille Fürstenvogt pour supplier René de reprendre au moins contact avec sa vieille maman. Mais René ne reconnaît pas son ancienne amoureuse. En effet, René est amnésique et victime d'une effroyable machination des Fürstenvogt: ces infâmes Boches, car en réalité ils ne sont Suisses que depuis deux générations, ont persuadé le malheureux qu’il était un soldat allemand déserteur, lui ont inculqué la haine des Français et ont décidé de le marier à leur fille, la porcine Gertrude (on voit qu’il s'agit là d'une caricature de la,situation imaginée par Giraudoux dans Siegfried et le Limousin). Les amis américains de Jeannine kidnappent René, (au lasso!) et l'embarquent dans leur grosse cylindrée... Rapatrié à Paris, l'amnésique est soumis dans une maison de santé aux derniers traitements de rééducation de la «Psychophysiologie moderne ». En vain. Jeannine propose au docteur qui soigne son fiancé de tenter sur lui la « méthode d'évocation », consistant à replacer le malade dans une situation fortement émotionnelle qu'il a déjà vécue. Jeannine emmène René, vêtu d'un uniforme bleu horizon, là où ils ont échangé leur premier baiser, sur un petit pont du bois de Boulogne. Elle-même a mis la petite robe de flanelle blanche démodée qu’elle portait au mois de mai 1918. Pour parfaire le tableau, quelques amis complices, déguisés en soldats permissionnaires, chantent La Madelon dans une allée. Et le dénouement attendu se produit: aux accents de la fameuse chanson, René Darty recouvre la raison: « La démence sombra dans le fond des prunelles rallumées. » Il ne reste plus aux deux fiancés définitivement réunis qu’a échanger « un baiser sans fin »...

BRIOCHIN

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Message par william durand le Dim 17 Aoû - 9:42

SOLDATS FRANÇAIS FUSILLES
600 à 650 soldats ont été passés par les armes pendant le conflit ,dans les années 1920 ,certains ont été réhabilités.
Peine capitale pour abandon de poste en présence de l'ennemi , refus d'obéissance , voie de faits sur un supérieur ,révolte.
Entre les balles ennemies ,les bombardements ,la confusion des assauts ,les gaz ,les fumées ,les morts ,bien des soldats sont totalement désorientés ,pétrifiés ,perdus.
Bons soldats ou lâches ,les réponses sont parfois injustes.Les fusillés pour l'exemple ne sont pas seulement le fait  des militaires mais aussi des politiques ,la législation a prévu des conseils de guerre avec trois juges et la suppression des garanties de défense.
En 1914 la France bat en retraite ,JOFFRE doit prendre des mesures ,l'instruction est bâclée ,sans procédure d'appel ,cela devient des exécutions sommaires.
Il y en aura 206 d'aout à décembre 1914 ,296 en 1915 ,136 en 1916 ,89 en 1917 et 14 en 1918. Beaucoup seront injustes comme celles de Vingrè ou 6 militaires seront exécutés le le 4 décembre 1914 ,tirés au sort parmi ceux qui ont reculé devant une attaque allemande ,ils avaient obéi à un ordre de repli.
Le rituel du peloton d'exécution mine le moral des troupes ,les exécutions vont ralentir.
En 1916 la loi est changée en donnant la possibilité de faire réviser le procès ,il pourra y avoir recours en grâce du Président de la République.
Pendant les grandes rebellions il y aura de 40 à 80 000 soldats se rebellant mais 30 exécutions capitales.
suivra

Deux officiers réussissent à se sortir du piège allemand à Verdun avec 40 hommes ,exténués ils omettent de faire un rapport ,le colonel exige qu'HERDUIN et MILLANT soient exécutés immédiatement pour abandon de poste.
HERDUIN écrit à sa femme ''Crie après ma mort contre la justice militaire'' ,il demande à commander lui méme le peloton d'exécution ''Nous ne sommes pas des laches ,il parait que nous n'avons pas assez tenu.Il faut tenir jusqu'au bout pour la France.Je meurs en brave et en français.Et maintenant visez bien .En joue.feu''.

Henri FLOCH a été fusillé à Vigré ,extraits de sa dernière lettre à sa femme:
''le 27 novembre vers 5h du soir après un violent bombardement de deux heures ,dans une tranchée de première ligne et alors que nous finissions la soupe ,des allemands se sont amenés dans la tranchée ,m'ont fait prisonnier avec deux autres.J'ai profité d'un moment de bousculade pour m'échapper des mains des allemands.J'ai suivi mes camarades et j'ai été accusé d'abandon de poste devant l'ennemi. Nous sommes passés 24 en conseil de guerre ,six ont été condamnés à mort dont moi.Il faut un exemple '' ,''si j'étais resté prisonnier j'aurais encore la vie sauve''

Quelques passages de la lettre du lieutenant Gustave HERDUIN à sa femme:
''nous avons subi un grave échec ,tout mon bataillon a été pris par les boches sauf moi et quelques hommes ,maintenant on me reproche d'en être sorti ,j'ai eu tort de ne pas me laisser prendre '' ''le colonel Bernard nous traite de lâches ,les deux officiers qui restent comme si à trente ou quarante hommes nous pouvons tenir contre huit cents.'' ''réclame ma pension tu y a le droit'' '' je veux mourir en commandant le peloton d'exécution devant mes hommes qui pleurent'' '' crie après ma mort contre la justice militaire ,les chefs cherchent toujours des responsables.Ils en trouvent pour se dégager''.
Le lieutenant HERDUIN avait un fils ,Luc.
william

william durand

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